Quelle
honte l’exploitation du suicide des salariés. Honte pour les médias
qui se ruent sur les morts. Honte pour les psychologues dont la publicité
s’affiche aux côtés de ces mêmes articles sur internet. Honte pour les entreprises qui ne savent comment réagir humainement et préserver leurs intérêts financiers.
J’aimerais ne pas avoir
à parler pour respecter la douleur et le deuil des familles. Et pourtant je
n’en peux plus de voir émerger le discours officiel sur le stress et le suicide
en entreprise :
- La
« veille épidémiologique sur les suicides » lancée par le ministre du
travail. Combien de nouveaux suicides avant les résultats de l’enquête en…2009 ?
- Les
articles du mois de mars du Nouvel Obs, L’Express, Marianne, etc. Tous
plus anxiogènes les uns que les autres.
- Le
documentaire de Paul Moreira « Travailler à en mourir ». Diffusé à la
télévision en mars, il souligne comment on maintient les « victimes » dans leur
état.
Tout çà me
fait froid dans le dos. Travailler est dangereux. Travailler tue. Et pourquoi
pas une loi interdisant le suicide au bureau ? Et pourquoi pas des
autocollants à l’entrée des tours de la Défense : « Travailler dans
cette entreprise nuit gravement à la santé ». Après la
grippe aviaire, Al Qaida, le tabac, voici le nouvel ennemi, la nouvelle menace,
la nouvelle épidémie : le stress en entreprise.
Je ne nie
pas l’horreur des conditions de travail des centres d’appel, les injonctions
brutales des restructurations, et bien sur les drames individuels. Mais je suis
en colère contre l’histoire racontée (story telling) par les experts
autoproclamés du stress et leur relais dans les médias, le gouvernement et les
entreprises. Si je les comprends, il faut chercher les causes, comprendre
pourquoi, anticiper le stress, diagnostiquer, prescrire des antidépresseurs,
interdire le retour au bureau, surveiller son hygiène de vie, ne pas perdre
confiance et rester positif.
Face à la
volonté d’une personne, la société et ses lois, journaux, publicités ou experts est parfois impuissante. Plus le suicide est médiatisé et plus le travail fait
peur. Plus le suicide est exploité et plus la souffrance est difficile à
soulager. Plus l'étiquette de victime est collée plus il est difficile de se voir autrement.
Le ministre Xavier
Bertrand et les psychologues des cellules anti-stress vont-ils transformer le
capitalisme financier mondial ? Les actionnaires et hedge funds vont-ils
renoncer à leur 15% de rentabilité ? Les entreprises seront-elles plus
tendres ? Les DRH auront-ils les budgets de formation pour transformer leurs
salariés en combattants rompus aux cruautés de la guerre économique ?
L’urgence c’est comprendre les causes ou arrêter la souffrance ? En un
mot est-ce changeable ? Et comment ?


Bonjour,
je crois que vous avez raison: il y a une sorte de "marché" du suicide comme on a pu dire qu'il y a un "marché de la santé mentale".
A ce sujet, il me parait absolument nécessaire que ceux qui tentent de faire quelque chose pour les salariés avant que le drame ne se produise, soient indépendants, payés directement par la personne en souffrance. Et donc, que cette personne consulte en dehors de l'entreprise. Car sinon, un psy ou un groupe d'expert payés par la direction, auront tendance à minimiser la gravité de la situation. Ce qui va à l'encontre de toute prévention possible.
A l'inverse, je pense que ce n'est pas parce que ce genre de marché existe qu'il ne faut rien faire, ni laisser en plan les salariés en souffrance.
Enfin, il y a certainnement une action politique à mener. Au niveau de la législation du travail. Redéfinir ce qu'est le travail (une valeur ajoutée par l'homme et non pas un machine et qu'il s'agirait de ne pas déprécier). Commencer par ne pas détruire une législation qui protège le salarié au lieu de le précariser par un CDD. Renforcer la protection sociale des salariés en CDD. Etc...
Merci pour votre réaction, elle parait juste !
Cordialement
Rédigé par : Fleury | 04 avril 2008 à 07h40
Merci pour cette première réaction d'une personne qui a déjà réfléchi à la question et émet de bonnes remarques : des intervenants, qui prennent en charge la souffrance, indépendants de l'employeur.
Rédigé par : laurent edel | 04 avril 2008 à 16h17
Oups, avec les liens des articles, c'est mieux :
L'article du nouvel obs
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/social/20080312.OBS4728/tous_stresses_.html
L'article de l'express
http://www.lexpress.fr/info/economie/dossier/stressautravail/dossier.asp?ida=467089
à lire aussi: les autres articles du dossier
Le film, travailler à en mourir
http://www.dailymotion.com/related/7932550/video/x4pzhw_travailler-a-en-mourir-partie-1_politics
Rédigé par : laurent edel | 01 mai 2008 à 16h46
Une nouvelle émission de radio, France Culture : le travail rend-il malade? 2 mai 08
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/science_publique/fiche.php?diffusion_id=61730
Rédigé par : laurent edel | 02 juin 2008 à 23h33
Bonjour,
Je découvre votre blog. Il est très intéressant, mais je suis étonné par cet article. Il me semble au contraire, qu'il faille parler du stress au travail qui peut effectivement amener certains salariés au suicide. C'est certainement un des défis que nous, managers, aurons à relever en ce début de 21ème siècle. Chaque salarié pris par le stress ne dispose pas toujours des aides nécessaires, ce qui ne fait que le renforcer. Votre approche paradoxale semble très intéressante et doit pouvoir faire sortir de ces situations beaucoup de salariés stressés, mais encore faudrait-il qu'ils puissent y avoir accès. J'ai été frappé par le rapport fait par la société Technologia suite aux suicides au Technocentre de Renault : aussi bien les syndicats que la direction sont désemparés face à ce phénomène.
Les négociations actuelles entre le patronat et les syndicats me semblent aller dans le bon sens. Et le fait que les pouvoirs publics aient également pris ce problème en compte (pas encore à bras-le-corps...) semble également intéressant.
C'est grâce au livre de Marie-France Hirigoyen "Le harcèlement moral" que la législation a évolué sur ce phénomène. Même si l'application est difficile, les salariés peuvent enfin avoir un recours.
Il est vrai qu'on ne changera pas la recherche du profit à tout prix du jour au lendemain. Mais, on peut au moins dénoncer cette course au profit qui est faite au détriment des hommes...
C'est ce que j'essaie de faire sur mon blog et essayant de préconiser un management plus humain.
Rédigé par : Bernard Sady | 28 juin 2008 à 22h59