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Je suis trop nul pour me décider

1nulleSurtout  ne choisissez pas!
Dominique hésite à se décider. Doit-il se porter candidat à un poste qui se libère dans son entreprise ? Il ne manque pas de raisons de bouger : « Mon patron ne cesse de me répéter que je suis nul. Et je me sens nul de rester. Mais je ne peux faire autrement puisque je suis nul ». Dans quelques jours il sera trop tard, le poste sera pourvu.

Le recrutement est lancé, un chasseur de tête commence à recevoir des candidats extérieurs. Dominique sent qu’il a ses chances. Il travaille dans cette entreprise depuis longtemps, connaît bien les salariés, a été sur le terrain. Il essaie de savoir ce qu’il veut en pesant le pour et le contre.

Ce ne sont pas les raisons de changer qui lui manquent. Son président impose le règne de la terreur. Ses colères sont terribles : « Il y a quelques semaines, j’ai eu peur qu’il me frappe. Il me demande tout et n’importe quoi : servir son café, apporter son costume au pressing ». Etonnant pour un directeur juridique ! Mais personne n’est épargné. Le directeur financier sert aussi le café. En plus, Dominique ne se sent pas valorisé. Ni remerciements ou encouragements alors que son apport est stratégique. Alors il est de moins en moins motivé à se réveiller pour aller travailler.

De l’autre côté, la situation peut empirer : « Si je suis candidat et que je rate, ça voudra vraiment dire que je suis nul ». La fatigue est l’autre raison de ne rien tenter: « Je suis usé, je n’ai pas un bon esprit pour trouver un job. Je vois tout de suite la raison pour laquelle je n’aurais pas ce job ». Et sa

Je me sens révolté par la relation entre Dominique et son chef et le lui dit : « Je suis triste qu’un être humain arrive à faire perdre l’estime de soi, à faire douter un autre être humain. Au début, vous deviez être étonné, en colère. Vous deviez vous demander : « Qu’est ce qu’il dit ? Ca ne va pas bien ! ». Aujourd’hui, vous acceptez l’étiquette qu’il vous colle ». Comment se décider à changer quand on ne s’en sent plus capable ?

Quand Dominique mesure les raisons d’essayer et celles de ne rien tenter, il n’arrive pas à se décider. Pourquoi ne pas continuer à raisonner ? Le poste sera bientôt pourvu : « Vous n’aurez pas à vous décider. Laissez le destin choisir pour vous ». Quoi faire à la place ? Quand un vélo est à plat, l’urgence c’est de le regonfler, ce n’est pas de choisir un itinéraire : « Si vous vous sentez usé cela veut-il dire que vous avez besoin de souffler » ? Mon client pourrait arrêter de rationaliser : « En vous demandant quel choix vous apportera le plus de réconfort et d’énergie. Quel choix regonflera votre chambre à air » ? 
Dominique s’agite sur sa chaise, il s’impatiente de me répondre : « Ca y est, j’ai décidé. Je veux reprendre mon destin en main. Si je ne suis pas candidat, je vais le regretter. Si j’ai le job, ça peut être plus agréable pour moi ».

Ce soudain retournement de situation me surprend. Je lui suggère de ne pas se précipiter, d’y réfléchir, et de prendre son parti plus tard. Mais il est déterminé. C’est le moment de consolider le changement. Je lui demande s’il sait ce qui lui a permis de se décider si rapidement : « Vous avez utilisé deux mots pour la première fois : regretter et agréable. Ce sont des émotions. En arrêtant de raisonner vous avez fait appel à votre ressenti. Et vous avez arrêté ce choix qui semblait difficile ».

Dominique est revenu préparer son entretien de recrutement. Comme il est bon, je me suis contenté de lui ai demandé comment il pouvait le rater. Il a obtenu le poste. Peut-être l’objet d’un projet chapitre.

Dominique aurait pu vouloir travailler sur son manque d’estime de soi,. Mais il a une urgence et sa demande est précise. On peut donc se concentrer sur son besoin de choix ! Que fait-il pour avancer ? Il raisonne et ça ne l’aide pas à se décider. Ses tentatives infructueuses sont claires.

Pendant l’entretien, il est souvent au bord des larmes. Surtout quand il évoque son président. Il se retient de craquer. Se contrôler fait aussi partie de sa stratégie.

Je ne peux que lui témoigner ma propre émotion en écoutant son récit. Ensuite un peu de paradoxe court-circuite son habitude : « Continuez à ne pas choisir ». Ouvertes, les vannes de l’émotion l’amènent à se décider. Le 180° a fonctionné vraiment vite. J’ai besoin de solidifier en l’aidant à prendre conscience de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas pour lui. Plus il raisonne, plus il tourne en rond. S’il se fie à ses sensations, le choix est possible. Ça peut être utile de gagner en autonomie et en rapidité dans ses futures prises de décision.

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