Martine me consulte. Elle est candidate a
une élection nationale. Les mêmes personnes qui lui ont
demandé de mettre fin au mandat d'un président dont ils ne veulent plus, se
conduisent avec elle d'une curieuse manière. Un exemple de coaching en
situation de crise.
Martine* est candidate à un mandat national. Elle n’a rien demandé. On est venu la chercher pour remplacer le président en place, candidat à sa propre réélection. On veut mettre fin à son leadership clanique et à ses manipulations. Après avoir hésité, Martine accepte. Elle s’engage pour l’ouverture et le changement. Elle veut respecter les règles démocratiques. Son adversaire lance une campagne électorale calomnieuse. Elle se bat « programme contre programme ». Le clan opposé vise en dessous de la ceinture.
Tailleurs stricts, regard profond, élocution sophistiquée, Martine porte la cinquantaine avec élégance. Pour quelle raison cette personnalité prend elle la peine de se déplacer à mon bureau, deux mois avant un scrutin capital ? Elle se sent épuisée et découragée. Elle se plaint. Difficultés à dormir, manque d’énergie, crises de nerfs sur son époux. Dans son emploi du temps surchargé, entre les meetings, les déplacements sur tout le territoire et les réunions de crise, qu’est ce qui la fatigue la plus ? « Ce ne sont pas les meetings, les interviews et les temps de réflexion ou d’écriture. Ils me boostent ». Ce qui la fatigue le plus, ce sont les visites et les appels de militants. « J’en reçois cinq à sept par jour. Tout le monde veut me parler personnellement. Ils passent le barrage des secrétaires en disant avoir une information confidentielle qui peut faire basculer une région ».
Et en quoi ces discussions sont-elles fatigantes ? « En fait, chacun me dit que je ne communique pas bien. Ils me répètent que mon adversaire, captive ses auditoires, crée des étincelles. Ils me demandent d’imiter son style et son discours : m’agiter, manipuler, menacer. Ils répètent la même chose à longueur de journée ! ». Et que leur répondez-vous ? « Au début, je leur disais je suis comme je suis. Je me justifiais. Maintenant, j’en ai marre, je les laisse parler. Ils me dépriment ».
Je lui demande si j’ai bien compris : « Les mêmes personnes qui souhaitent vous voir succéder à celui dont ils ne supportent plus la personnalité ; ces mêmes individus vous poussent à l'imiter ? Plus on vous demande de le remplacer, plus on vous dit de lui ressembler ? Mais alors, on exige de vous une chose et son contraire. Cela ressemble à une injonction contradictoire. Si ce président était à votre place, c’est lui qui déprimerait ».
Martine sourit. Elle ajoute même : « Il pourrait même devenir fou ». Elle enchaîne instantanément en construisant une solution : « Je dois le forcer à venir sur mon terrain. Celui du débat d’idées. C’est à lui de me ressembler maintenant. Il va arrêter son cinéma et devoir montrer ce que son programme a dans le ventre ». Son intelligence et sa vitesse de réaction me bluffent. Je lui demande si à tout hasard elle a besoin de moi pour détailler sa nouvelle stratégie. Elle écarte la proposition de la main. « La, c’est mon domaine ». Un mois plus tard, un dimanche soir, en voiture, France Info annonce sa victoire.
* Le prénom de ma cliente a été changé. Afin que le texte soit suffisamment bref pour être lu à l’écran, j’ai veillé à résumer nos séances.


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